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( et si nous aimions être dominés?d'après « les Grandes questions de la Philosophie « Dossiers des Sciences Humaines mars 2008)
Aristote (-384/-332) .L'homme est un animal politique qui vit dans la cité. Un régime apparaît comme juste s'il sert l'intérêt commun et l'égalité des citoyens. L'alternance entre gouvernants et gouvernés permet la participation de tous à l'exercice du pouvoir.
Nicolas Machaiavel (1469-1527) : la conservation du pouvoir est un enjeu primordial qui permet le recours au mal et l'emploi de la ruse et de la violence.Le prince doit aussi s'attacher les faveurs du peuple en se faisant aimer et craindre.
Dans le « Discours sur la servitude volontaire »Etienne de la Boétie constate que des millions d'hommes vivent sous le joug de la tyrannie et semblent s'y complaire. L'état d'esclavage ne semble pas subi mais voulu par le peuple.Les hommes semblent enchantés par le tyran.Chaque homme s'identifie à celui qui exerce la domination. Ce fantasme est soutenu parle dictateur soucieux de sa popularité et de sa capacité à subjuguer.
L'analyse du pouvoir porte non pas sur le sadisme du gouvernant mais sur le masochisme des gouvernés.
Dans « Psychologie des foules et analyse du moi » (1921) Freud étudie les grandes formations collectives comme l'Eglise ou l'armée, centrées sur le meneur charismatique (le Christ ou le général) , substitut symbolique du père . Les individus aiment leur chef et pensent que celui-ci les aime en retour d'un amour égal.
La manipulation idéologique et la propagande renforcent ces attachements émotionnels en favorisant un culte de la personnalité.
Une autre tradition de la philosophie politique, avec Thomas Hobbes (le Leviathan 1651) puis John Locke (« Traité du Gouvernement civil » 1690) montre que le pouvoir résulte d'un pacte réfléchi.L'Etat est créé pour arbitrer impartialement les conflits , notamment en matière de propriété et de sécurité.Si l'Etat agit arbitrairement , les individus ne sont plus tenus d'obéir et doivent se révolter contre le régime devenu illégitime.
Hannah Arendt (106-1975) refuse de penser le pouvoir sous l'angle de la domination. C'est une force positive resultant non pas d'un individu isolé mais d'un groupe décidé à prendre des initiatives en commun.C'est une dynamique collective d'action qui s'incarne dans l'histoire au travaers des mouvements de révolution ou de contestation des autorités établies.
Dans « Deux essais sur le sujet et le pouvoir » (1982) Michel Foucault ne s'intéresse pas aux institutions et règles qui organisent la vie des citoyens. Pour lui, le pouvoir définit un processus par lequel certains hommes déterminent la conduite d'autres hommes par des rapports de force. Les sujets libres peuvent adopter des stratégies de lutte , de refus ou de contournement...Le pouvoir apparaît dans toute sa précarité dès que la liberté reprend ses droits...
Pour Michel Crozier (Le phénomène bureaucratique 1963) , le pouvoir dans une organisation ne correspond pas à un ordre hiérarchique figé mais à une combinaison d'intérêts confrontés.. Les employés disposent de moyens pour contester le jeu prédominant: savoir technique, informations confidentielles et conservent une marge de liberté et de négociation, voire de resistance. |