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LE BONHEUR ;
(d'après « les Grandes questions de la Philosophie « Dossiers des Sciences Humaines mars 2008)
Les philosophes grecs prônent un art de vivre raisonné.
Epicure:(-341/-270) « Le plaisir est le commencement de la vie heureuse » Quatre commandements: Les dieux ne sont pas à craindre, la mort n'est rien, le bonheur est accessible ici et maintenant pour qui satisfait la nature, la douleur peut être supportée.
Spinoza (1632-1677) : Les hommes souffrent parce qu'ils ont esclaves de leurs affects . Mais ce n'est pas par la volonté stoïcienne mais par la connaissance (comprendre la nécessité d'une perte) qu'on peut les gouverner et atteindre à la béatitude . »Tout ce qui est beau est difficile autant que rare»
Le christianisme reconnaît le bonheur hors de la vie terrestre, dans la nostalgie de l'Eden perdu ou d'un paradis réservé aux méritants.Le bonheur terrsetre reste contrôlé par l'Eglise...
Le Siècle des Lumières provoque la rupture: « Le paradis terrestre , c'est là où je suis » Voltaire. Confiance dans les êtres humains et dans le progrès.
Saint Just: «Le bonheur est une idée neuve en Europe »
J.Bentham (1748-1832): programme utilitariste « Le bonheur du plus grand nombre est la mesure du juste et de l'injuste » . Chacun accroit ses plaisirs et diminue ses peines. Les lois doivent permettre d'augmenter le plaisir de chacun.
Marx vise le bonheur ultime des peuples, ce qui sera repris par le Front Populaire.
Le bonheur est promu principal horizon d'attente chez tous les Modernes et les post-modernes...Alain « Propos sur le Bonheur » 1925 « C'est un devoir envers les autres que d'être heureux »
Mais de nombreux auteurs du XIX° siècle plaçaient la liberté au-dessus de la vie confortable. Nietzsche rejetait l'idéal petit-bourgeois incarné dans l'idée de bonheur. R.Vaneigem, soixante huitard convaincu (Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations « (1967)
:« Nous ne voulons pas d'un monde où la garantie de mourir de faim s'échange contre la certitude mourir d'ennui »
Après les Deux guerres mondiales le bonheur prend le visage de l'American Way of life,
porteur de bienfaits consuméristes: croissance économique et bien-être matériel.
»La sécularisation du monde est allée de pair avec la sacralisation du bonheur ici-bas » Gilles Lipovetsky (Le Bonheur paradoxal . Essai sur la société d'hyperconsommation »Gallimard 2006) .
Dans les pays évolués les sondages confirment cette orientation.90% des Européens,même les Français, se déclarent heureux, voire très heureux .
La montée de l'individualisme contemporain met au premier plan l'épanouissement personnel.Dans une société individualiste, chacun est appelé au bonheur:
Quelle qu'en soit la forme, multiple, futile et contradictoire:hyperconsommation,satisfactions matérielles, prestige social ou professionnel, séduction, beauté etc...Besoins humains de plaisirs faciles et légers, de distractions et d'évasions. »Besoin d'illusion, de vitines et simulacres, de belles histoires « people » pour « reoxygéner un présent souvent à bout de souffle »(G.Lipovetsky )
Ce n'est pas une béatitude généralisée. Souffrances, maladies, échecs, insatisfactions,sentiment d'impuissance existent toujours.
Mais à l'heure de l'individu reflexif , les expériences de chacun deviennent le fait de son entière responsabilité. La souffarnce menace les équilibres fragiles en renvoyant chacun à ses propres peurs.
Le bonheur est-il devenu obligatoire?
Pour Pascal Bruckner l'injonction d'euphorie perpétuelle génère rancoeurs et culpabilités. »Notre époque rend les gens malheureux de n'être pas heureux » . Multiplication des gourous, coaching philosophique, programmes de béatitude , massage californien et Prozac .M.Kingwell « A la poursuite du bonheur; De Platon à Prozac » Bayard 2006 , suggèremodestement la bonne humeur
Ne serait-ce pas un mythe prométhéen que de vouloir faire du bonheur un état stable et durable?
A.Comte -Sponville (né en 1952) Le bonheur, desespérément Pleins Feux 2000) On accède au bonheur avec sagesse et lucidité. Le bonheur en acte est desespéré car il n'espère rien. »Il ya joie quand on désire ce qu'on a , ce qu'on fait »
Peut-on mesurer le bonheur?
J.Gadrey « La croissance fait-elle le bonheur? » Alternatives Economiques Hors Serie avril 2006
« Le bonheur expliqué par les economistes « Problèmes economiques La Documentation Française janvier 2008
Dès 1990, Amartya Sen, Prix Nobel d'Economie, inspire l'indice de développement humain (IDH) adopté par les Nations Unies , prenant en compte la santé, l'éducation, le niveau de vie.
Ruut Veenhoven propose une mesure du Bonheur National Brut combinant les données objectives avec les satisfactions exprimées.
D'autres recherches prennent en compte les dimensions culturelles du bonheur, les sources de bien-être comme la sécurité, les libertés, le taux de chômage...En tête du palmarès: les pays riches, sécuritaires, tolérants (surtout Europe du Nord...)
Les economistes soulignent la relation circulaire entre la croissance qui augmente les biens disponibles et le bonheur qui procure des individus entreprenants et motivés.Cependant la satisfaction ne dépend pas tellement du salaire que de la comparaison avec l'entourage.En outre un certain degré d'insatisfaction peut pousser à l'action...
Certaines recherches avancent que le bonheur est une donnée génétique à 80% (production de serotonine) et proposent les antidepresseurs et les therapeutiques comportementales pour stimuler le moral des populations....R.Layard « Le prix du bonheur » Armand Colin 2007
Le Bonheur : un objectif pour l'Intelligence économique?pour le développement durable? |