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"Ce qui nous manque le pius, ce n'est pas la connaissance de ce que nous ignorons, mais l'aptitude à penser ce que nous savons" Edgar Morin > |
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GENERALITES
CONNAISSANCES
L'historien Lucien FEBVRE préconisait des années d'analyse avant une seule heure de synthèse. Tous les sujets ne méritent sans doute pas une telle ascèse et tous les usagers de la créativité ne disposent pas de l'éternité universitaire. Mais il est recommandé de procéder à une observation modeste, à une analyse raisonnable, d'entrer dans l'intimité de votre matière avant de la désarticuler pour créer du neuf.
Il faut ensuite utiliser l'ouvre-boîtes des questions les plus élémentaires: quoi? qui? combien, où, quand? comment et pourquoi? L'invention consiste à mettre de la lumière dans un phénomène obscur tout autant qu'à rendre perceptible un phénomène nouveau. Pour cela il faut décrire l'objet, ses structures (anatomie) et son fonctionnement (physiologie) ce qui conduit à poser successivement les questions Quoi? et Qui? sur la nature des éléments en oeuvre puis les questions Où, Quand? Pourquoi? Comment? sur les circonstances |
A.Robert et A.Bouillaguet" Analyse de contenu" PUF, Que sais-je?
Analysis:
Sam Adams>
War of Numbers: An Intelligence Memoir.
South Royalton, Vermont: Steerforth Press, 1994.
The story of a well-documented controversy between Sam Adams and the Pentagon.
Carol Dumaine and L. Sergio Germani (eds.)>
New Frontiers of Intelligence Analysis: Shared Threats, Diverse Perspectives, New Communities
Washington, DC: Sherman Kent School, Central Intelligence Agency, 2005.
These imaginative articles discus various analytic techniques and concepts that suggest ways current practices can be improved, and the problems of dealing with vast amounts of open source and classified data.
Harold P. Ford>
CIA and the Vietnam Policymakers: Three Episodes 1962-1968.
Washington, D.C.: History Staff, Center for the Study of Intelligence, 1998.
Three case studies show how policymakers used CIA intelligence during the Vietnam War.
Gerald K. Haines and Robert E. Leggett, eds.>
CIA's Analysis of the Soviet Union 1947-1991.
Washington, D.C.: CIA History Staff, Center for the Study of Intelligence, 2001.
A look at CIA's analytical performance during the Cold War through recently declassified documents.
Ben B. Fischer>
At Cold War's End: U.S. Intelligence on the Soviet Union and Eastern Europe, 1989-1991.
Washington, D.C.: Center for the Study of Intelligence, 1999.
A look at intelligence gathered at the end of the cold war.
John Helgerson>
Getting to Know the President: CIA Briefings of Presidential Candidates, 1952-1992.
Washington, DC: Center for Study of Intelligence, CIA, 1995.
A look at how Agency briefers attempt to adapt their briefings to the experience, priorities and working patterns for each president.
Richards J. Heuer, Jr.>
Psychology of Intelligence Analysis.
Washington, D.C.: Center for the Study of Intelligence, 2000
An examination of the analytical thought process.
Barry M. Katz>
Foreign Intelligence: Research and Analysis in the Office of Strategic Services 1942-1945.
Cambridge, MA: Harvard University Press, 1989
An intellectual history of OSS's Research and Analysis Branch.
Sherman Kent>
Strategic Intelligence for American World Policy.
Princeton: Princeton University Press, 1966.
A look at analysis and the theory and practice of intelligence, written in 1949 by an OSS veteran and Yale professor who helped establish CIA's Board of National Estimates in 1950 and led that office for many years.
Woodrow J. Kuhns>
Assessing the Soviet Threat: The Early Cold War Years.
Washington, D.C. : Center for the Study of Intelligence, 1997.
CIA's production of analysis in the early years of the cold war.
Donald P. Steury, ed.>
Intentions and Capabilities: Estimates on Soviet Strategic Forces, 1950-1983. [PDF 43MB*]
Washington, D.C.: History Staff, Center for the Study of Intelligence, 1996.
A look at Intelligence Community estimates on the strength of the former Soviet Union.
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QUOI? L'existence et l'essence
On doit tout d'abord poser une série de questions sur l'existence et l'essence du phénomène
On retrouvera aussi la question Quoi? dans la synthèse finale lorsqu'il s'agira de bien comprendre le phénomène que l'on évalue. Dans les cas difficiles, en effet, il est indispensable de se livrer à un long et fastidieux travail d'observation et d'analyse puis de transformation et de critique avant de revenir à la question simple:" De quoi s'agit-il?" qui donne un statut central à l'objet de la créativité.
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a) L'existence:degré de réalité et de stabilité du phénomène étudié
- - réalité: authentique, certain, exact, établi, effectif, véridique?
- -illusion: image, idée, projet, convention, fable, fiction, mythe?
- - permanence: stable, durable, rigide, inerte, éternel?
- - changement: évolutif, temporaire, disparition, décomposition?
- Attention de ne pas se prononcer trop tôt sur le caractère permanent ou transitoire d'un phénomène, d'une relation ou d'un problème: de ce diagnostic dépend en effet la possibilté d'y modifier ou non quelque chose.
- b) L'essence: la nature du phénomène : >
- - nature profonde: noyau, principe, entité
- - accessoire: détail, secondaire, aspect, apparence
- - matière: brute, inanimée, vivante
- - esprit, âme, psychologie
- - concret: objet, chose, lieu, domaine
- - abstrait: relation, conflit, problème.
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c) QUOI? Les attributs
- Description initiale des caractéristiques à partir de questions classificatrices sur la nature et les attributs, par exemple sous la forme d'un jeu d'enfants (est-ce un animal? est-il grand? a-t-il des ailes? etc...). Ces questions peuvent porter par exemple sur les points suivants:
- - la matière: gaz, liquide, solide question économique ou psychologique?
- - la forme et la dimension
- - l'apparence visuelle: couleur, luminosité d'un objet, gravité apparente d'une crise militaire
- - les sensations procurées au toucher, à l'odeur, au goût, à l'auditeur ou au spectateur...
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d) QUOI? Les éléments
- Ce point de vue n'est plus qualificatif et global mais distinctif et organique: de quoi se compose l'ensemble étudié? quelles en sont les parties élémentaires? Le regroupement en catégories élémentaires - de même que la réduction des grandes quantités à des nombres simples ou des pourcentages- facilite le maniement des données et la compréhension des structures et des systèmes.
- -Eléments de même nature> distingués d'autres masses homogènes . Par exemple, l'analyse centrée sur les moyens distingue les moyens humains, matériels, financiers, juridiques. Le repérage des acteurs du dialogue social regroupe les personnels du secteur privé (entreprises agricoles, industrielles et commerciales, associations, syndicats...) et du secteur public (Etat, Collectivités publiques, entreprises publiques).
- -Eléments ayant la même fonction:> On peut par exemple regrouper les organes de la respiration, de l'assimilation, de la reproduction au sein d'une entreprise, on distingue les directions de l'approvisonnement, la production, l'administration du personnel, la finance et la comptabilité etc...
- Ceci suppose qu'on ait déjà une vision claire, ou du moins une hypothèse sérieuse sur les objectifs généraux de l'ensemble et les objectifs particuliers susceptibles d'être visés par les sous-ensembles. Il faut donc s'intéresser à la physiologie avant même de connaître l'anatomie: le pilote automobile s'intéresse aux fonctions de la conduite avant d'ouvrir le moteur.
- - Eléments groupés dansles mêmes phases d'opérations> (ex: préparation, décision, mise en oeuvre d'une opération militaire)
- - Eléments compris dansune même unité de temps>: période historique, chronologie
- - Eléments existant enune même unité d'espace,> un même lieu : classement par répartition géographique
- - Autres rubriques possibles: éléments demême origine> (ethnies, fournisseurs...), demêmes opinions> (la gauche et la droite?), demêmes motivations, de mêmes ambitions>...
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QUI? LES ACTEURS
- La Pallisse aurait pu dire:"L'action humaine s'exerce principalement par des hommes, sur des hommes et pour des hommes> (ou du moins certains hommes)" . Une part essentielle de la créativité consiste à chercher l'homme (la femme?).
- 1) Repérer les acteurs concernés> directement, indirectement, potentiellement
- 2) Définir l'identité>, c'est-à-dire caractériser par le nom (familial, générique), le prénom (individuel), l'appartenance à divers ensembles humains: äge, sexe, localisation dans l'espace, suituation dans le temps, profession, groupe social, domicile, nationalité, religion)
Insister sur tel ou tel élément de l'identité c'est déjà porter un point de vue partial (exemple: certains journalistes n'omettent jamais de mentionner l'origine nationale des délinquants...).
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3)Les rôles>:
En assumant un âge, un état-civil, une profession, une nationalité, l'individu s'identifie déjà à un certain rôle, à un statut social plus ou moins figé. Comme au théâtre, on attend de lui- et sans doute le sait-il- une certaine forme de comportement. Le même homme ne réagit pas de la même manière selon qu'il intervient en père de famille, en notable convaincu, en immigrant étranger.
L'infinité des rôles possibles et des attitudes personnelles, confrontée à l'infinie diversité des situations, réalise une infinité de perceptions et de scénarios d'action, par exemple pour les personnages de roman.
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On peut examiner deux catégories d'analyse de rôles:
- dans l'action:>
- l'agent par qui
- l'objet pour qui : destinataire, cible
- la victime aux dépens de qui
- l'allié avec qui
- l'adversaire contre qui
- l'obstacle malgré qui
- l'arbitre, le témoin devant qui...
- dans la relation affective:> " L'analyse transactionnelle" privilégie les niveaux auxquels chacun de nous entre en relations avec autrui, " les états du moi" :
- L'état du moi " Parent" exprime les attitudes et jugements de valeurs acquises auprès des parents et des normes sociales en général. Le parent critique est volontiers indigné, moralisateur et autoritaire , insiste sur les risques, les défauts, les devoirs. Le parent nourricier réconforte, donne de bons conseils, prend en charge, se substitue à autrui.
- l'état du moi " Enfant" , impulsif et dépendant, exige attention et affection, joue de son charme et de ses caprices ou se replie dans une soumission plaintive et rebelle.
- l'état du moi " Adulte" est celui de la grande personne indépendante, soucieuse de réel et d'objectivité ses relations avec autrui sont contractuelles, dépassionnées.
Ces divers rôles coexistent chez une même personne et à tous les âges de la vie. On retrouvera aisément sous ces catégories des tempéraments à forte propension " Adulte" , " Enfant" ou " Parent" . Il sera tentant de les attribuer à des groupes socio-professionnels (élites et sous-prolétariat), à des nationalités (peuples dominateurs, peuples assistés), des générations (Mai 68, Baba Cool, Yuppies, Ringards, Retraités...).
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L'analyse de réseaux>
- Réseau=ensemble de relations sociales, économiques ou politiques, plus ou moins continues, reposant sur le volontariat et les échanges et appuis réciproques.Il se distingue des relations anonymes du marché, ainsi que des relations hiérarchiques
- L'analyse de réseaux peut se faire a priori, en fonction de leurs contenus et objectifs possibles
- Elle peut aussi s'effectuer a priori, en examinant les préférences et comportements concrets des acteurs
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4) Les Aptitudes
- a)le savoir> mesure un acquis de connaissances mémorisées (un expert compétent) ou disponibles sous conditions (un monsieur bien informé, bien introduit)
- b)le savoir-faire> mesure l'intelligence et le jugement, l'habileté et aussi le bon sens on l'assimile à tort à la capacité d'utiliser des techniques (voir Chapitre sur les Techniques)
- c)Le faire:> art et goût de la réalisation: sens pratique, réalisme, méthode, ténacité, autorité, capacité d'entraînement
- d) le faire-savoir:> art de la communication, de l'explication, sens de la diffusion des messages souvent aussi goût du faire-valoir ou même du mensonge et de l'intoxication.
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> 5) Attitudes et motivations:
- a) Le caractère>: dispositions affectives innées:
- - émotivité
- - activité
- - retentissement immédiat ou différé
- - agressivité ou sérénité
- - concentration ou dispersion
- - avidité ou désintéressement
- b) Les motivations:> On peut les rattacher à une échelle de valeurs selon Maslow:
- -physiologie: manger, boire, s'abriter, se vêtir, se soigner, se reproduire, goûter le plaisir, éviter la douleur
- - sécurité: instinct de conservation,éiter le risque, le changement
- - sociabilité: besoin de contact, d'affection, d'appartenance à un groupe besoin d'intimité
- - estime: être reconnu de soi et des autres dans sa dignité, son originalité recevoir égards et honneurs
- - réalisation de soi: développement personnel, besoin de savoir, de comprendre, d'agir, de créer goût des responsabilités et de l'action.
- c) Le normal et le pathologique:>
- - intelligence: amnésie, confusion, débilité, infantilisme, sénilité
- - affectivité: excitation (de l'euphorie au délire et à la fureur) dépression (mélancolie, neurasthénie, schizophrénie)
- - manies, phobies, obsessions, névroses
- - intoxications, drogues, perversions
- - hallucinations, mythomanie, délire de persécution...
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COMBIEN?
- La question Combien ? est une partie importante de la description des éléments et de leurs propriétés. (cependant il vaut mieux avoir approximativement raison que tort avec précision)
- Combien d'éléments? combien d'attributs? combien de relations?
- Quelle est leur dimension? quelles sont les hiérarchies d'importance?
- Comment mesurer les phénomènes? en quantité, en surface, volume, poids, puissance, prix etc...Comment situer dans l'absolu des nombres: minimum absolu, maximum, optimum, infini.
- Comment les comparer à d'autres: égal, inférieur, supérieur? moyen, proportionnel?
Les questions du Combien relèvent, en principe des " Mathématiques" . Elles on été aussi bien explorées par la science financière et la comptabilité?
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PERSPECTIVES:>
Nous voici en fin d'analyse: l'observation attentive, l'analyse méthodique du phénomène, l'étude des circonstances ne sont pas en elles-mêmes des mécanismes de créativité mais de compréhension.
Elles suffisent cependant dans neuf cas sur dix pour déclencher une créativité spontanée. Entrer dans l'intimité du problème suscite une affectivité propice à l'imagination. Le repérage des structures (dépeçage de la langouste) met en valeur de savoureux leviers de transformation possibles.
En outre, l'honnêteté intellectuelle, appliquée de façon simple et modeste, reste une pratique assez rare. S'y tenir s'avère déjà une forme d'originalité.
Dans les phases ultérieures de transformation des idees (association, critique, modification) et dans la synthèse, il faudra revenir fréquemment à l'analyse pour délimiter, clarifier, préciser, orienter le sujet de recherche ou tel ou tel aspect. Il faut bien connaître son ours avant de le faire danser.
" De quoi s'agit-il?"disait Foch>
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