RICHESSES... Les quatre pays anglophones de l'Afrique Occidentale sont situés sur sa frange forestière. Ils sont tous ouverts sur l'Atlantique et riches en ressources naturelles. La Sierra Leone et le Libéria font partie des " Pays des Rivières du Sud " et disposent d'atouts impressionnants. Très humides, ils disposent aussi d'abondantes ressources minières.
Le Ghana , situé entre la Côte d'Ivoire et le Togo le long du Golfe de Guinée, est soumis à une plus grande variété climatique. Ses réserves d'or, de diamant, de bauxite et de manganèse en font un grand pays minier .
Enfin, le Nigéria tire l'essentiel de sa richesse de son sous-sol et a longtemps vécu de sa rente pétrolière.
STATUT POLITIQUE : Le Nigéria appartient avec le Ghana et la Sierra Leone au Commonwealth . Cette alliance, plus morale que juridique, est cependant facteur d'isolement. En effet, les trois pays se distinguent par leur passé colonial, les britanniques étant partisans de l'Indirect Rule et de la stratégie régionale. Ils ne sont pas unis par des liens économiques et politiques aussi ténus que ceux de la CEAO. Leurs voisins francophones sont aussi unis par l'Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA) et partagent une même monnaie, le Franc CFA .
Le Libéria, quant à lui, a le statut de République indépendante depuis 1847. L'emploi de la langue anglaise, outre le terrible conflit dont il est le théâtre depuis 1989, est aussi un frein à son intégration en Afrique de l'Ouest.
DESORDRES : Leur richesse naturelle n'a pas empêché ces pays de connaître à des degrés divers un engrenage de violence doublé d'un étau financier : leur cause première est la confiscation et le détournement des ressources minières.
Le Libéria et la Sierra Leone sont les plus sinistrés. Le premier est le théâtre d'une guerre civile depuis 1989 et le champ clos des rivalités des autres pays de la zone. Ce conflit a fait en cinq ans plus de 150 000 morts, vidé l'intérieur du pays et a ruiné l'appareil de production. Il a aussi débordé en Sierra Leone : une guérilla dépourvue de revendication politique , et soutenue par le libérien Charles Taylor s'est étendue depuis cinq ans. Elle a fait à ce jour 10 000 morts, provoquant le déplacement de 40% de la population.
Le Ghana tente aujourd'hui de sortir de vingt-cinq ans de crise et de dépendance par rapport au cacao. Il connaît de graves tensions sociales et politiques. Jerry Rawlings a fait preuve du dynamisme international de son pays comme président de la CEDEAO depuis deux ans, mais le Ghana ne peut prétendre à un leadership dans cette partie du continent.De plus, des affrontements interethniques ont eu lieu dans le Nord du pays dans le courant de l'année 1996 .
Le Ghana peut-il prétendre à prendre la relève du leadership nigérian ? Son passé de " symbole de la liberté " dans la région et de pays le plus prospère du Golfe de Guinée dans les années soixante ne saurait être un argument suffisant, compte tenu de la dégradation de l'Etat et de son économie.
Seul pays d'Afrique ayant échappé à la " balkanisation ", le Nigéria pouvait prétendre il y a encore peu de temps au statut de leader dans le continent.
Sa population de 100 millions d'habitants est extrêmement diversifiée, tant du point de vue ethnique que religieux. Le pays a pourtant su maintenir son unité par une guerre civile douloureuse (Biafra), une habile gestion de cette diversité, des équipements publics, une constitution fédérale et une affirmation de la laïcité de l'Etat.
Pays le plus grand et le plus peuplé d'Afrique, le Nigeria devrait logiquement partager avec l'Afrique du Sud le leadership du continent : leur rapprochement en 1992 avait d'ailleurs jeté les bases d'un axe Abuja-Prétoria. Mais ce pays connaît une crise économique et politique grave : le Nigéria est aujourd'hui moins que jamais en position de jouer un rôle décisif en Afrique.
Fort de ressources pétrolières importantes, le Nigéria avait connu une rente sur laquelle il a tout axé depuis vingt ans. Comptant sur le pétrole, ses élites de qualité, ses entrepreneurs riches et actifs, il a délaissé l'agriculture vivrière et élaboré des projets de développement mégalomaniaques.
Son dynamisme d'alors lui avait fait s'attribuer une mission messianique : le Nigéria a distendu ses liens avec la Grande-Bretagne, s'est opposé à la France, à la Lybie, est intervenu de plus en plus à l'extérieur. Il se fait aussi le champion de la cause noire dans le monde, préside l'Assemblée générale de l'ONU puis l'OUA en 1992.
Une gestion inconsidérée, des inerties et tensions conduisent le pays au marasme économique : les revenus pétroliers baissent, la dette et les trafics augmentent, les relations sont rompues avec le FMI et le retour au régime civil, donc à la démocratisation, est retardé. Parallèlement, l'image du pays à l'international se dégrade : devenu un point essentiel du transit de l'héroïne vers les USA, ses avions se sont vu interdire l'atterrissage sur le territoire américain .
Des stratégies de développement nouvelles se sont proposées pour remédier à l'état de déréliction croissante où s'enfonce l'Afrique noire anglophone. Cet état est aggravé aujourd'hui par les réorientations politiques de ses supports occidentaux. Le Nigéria a pu apparaître comme une part intégrante de ces stratégies. Mais il est aujourd'hui totalement dépendant de l'aide internationale, tout comme les trois autres pays anglophones d'Afrique Occidentale.
C.GRUNSPAN
 
COMPLEMENTS
<Bibliographie Afrique> <Afrique sur Internet> <Afrique sur Geoscopie>
 
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