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    acteurs

    LE RISQUE INDIVIDUEL DANS L'INTERNATIONAL

    individu

    "Le héros, c'est celui qui fait ce qu'il peut "   Romain Rolland"

    De J.P. Desproges: Un conseil de savoir-vivre aux centenaires: :

    "Dépêchez-vous!"

    <Victimes> <Acteurs> <Strategies>

    Les individus ont fait leur entrée dans l'analyse des relations internationales où ils sont devenus des acteurs importants, à un double titre, celui de victimes finales du risque, et celui de source d'action, d'opinion et de légitimation politique.

    Le sujet n'est pas mince. Il s'agit aujourd'hui de près de 6 milliards d'êtres humains, qui seront sans doute 10 vers l'an 2040, tous soumis à l'imagination active des preneurs de risques et des responsables de sécurité, mais aussi tous créateurs possibles de risque par l'action (ex: terrorisme) ou par l'opinion (ex: encouragement au terrorisme).

    Une connaissance plus précise de leur exposition aux risques et plus encore de leur relation avec la genèse de ces risques est indispensable pour les opérateurs majeurs, notamment les autorités politiques, mais aussi pour les organisations intermédiaires (entreprises, assureurs, organismes d'assistance...).

    A- EXPOSITION AU RISQUE POLITIQUE:

    Chaque individu est relié aux risques politiques majeurs par l'une ou l'autre des modalités de son insertion sociale, par l'une ou l'autre des activités de son existence. A ce titre il est membre d'une collectivité (par exemple les journalistes et les pilotes de ligne) ou d'une communauté (par exemple les Tutsis ou les Palestiniens) qui lui confèrent des statuts et des rôles plus ou moins dangereux selon les circonstances.

    Ces modalités ont sensiblement évolué, en nombre et en nature, avec l'intensification des rapports internationaux et des déplacements de populations

    1°) A L'EXTERIEUR:

    a) Voyageurs et touristes

    Ils sont fréquemment l'otage ou la cible de l'attentat symbolique, plus faciles à atteindre que les installations d'un état étranger. Parfois simplement l'objet de l'hostilité culturelle (il est vrai que le comportement des hordes de touristes repus ne suscite pas toujours de la sympathie aux autochtones, y compris ceux qui vivent du tourisme, en Egypte, en Corse, en Thaïlande ou ailleurs); ou simplement victimes d'une délinquance urbaine mal contrôlée par une police incompétente ou complice (Brésil?).

    b) Immigrés et travailleurs étrangers :

    Requis par les besoins de production des pays développés ou poussés par les désordres de leur propre pays, ils se trouvent mal insérés dans leur pays d'accueil. Ils en souffrent, bien sûr, et surréagissent fréquemment par des comportements de minorités agressées (Musulmans en Europe).

    Ils subissent fréquemment le sort des touristes rejetés pour leur différence économique et culturelle, mais aussi pour le support implicitement donné au gouvernement du pays d'accueil (assassinat de coopérants européens en Algérie)ou d'origine (enfermement des Américains d'origine japonaise après l'attaque de Pearl Harbour).

    c) Les Investisseurs :

    (voir Finance sur Internet)

    Avec la dérégulation des capitaux, les petits investisseurs privés (les Scottish Widows ou les dentistes belges) placent volontiers leurs économies dans des Fonds gérés à l'étranger, parfois rémunérateurs, souvent balayés par les risques (emprunts russes, krachs boursiers).

    C'est aussi le cas des citoyens de pays (notamment les Etats-Unis) où la retraite est financée par capitalisation de l'épargne et non par redistribution . La vie privée passe ici par l'intermédiaire des Pension Funds, gérant d'énormes ressources et devant les investir au mieux.

    Si l'investisseur particulier peut être considéré comme un victime du risque potentiel, l'agrégation des miliards de dollars circulant dans le "hot money"est un puissant facteur d'instabilité des changes. Certains économistes en font même le responsable de l'économie de rente coupable de privilégier la rentabilité monétaire par rapport à l'investissement économique porteur de croissance.

    2°) CHEZ SOI:

    Le risque d'une agression venue de l'extérieur est un fantasme permanent ("Ils viennent jusque dans nos bras, égorger nos fils et nos compagnes..."). Il est une réalité fréquente, en temps de guerre étrangère, plus encore dans la guerre civile, et de plus en plus dans le quotidien des grandes cités. L'agression violente porte directement sur les personnes et sur les biens.

    Le risque est aussi indirect : inflation ou déflation, pollution, épidémie, diffusion de la drogue, domination culturelle et linguistique.

     

    B- LES PERSONNES, ACTEURS DU RISQUE POLITIQUE

    Les particuliers ne sont pas seulement cibles ou enjeux, donc victimes, des risques politiques. Ils ont leur marge de liberté qui leur permet des stratégies personnelles envers le risque. Ils peuvent aussi adhérer à des groupes, se laisser entraîner par des meneurs, participer à des turbulences diverses et susciter des risques pour autrui.

    1°) Les comportements hors normes,

    aberrants, déviants, criminelsne sont malheureusement pas exceptionnels et sont en principe interdits ou réprouvés.

    Rappelons pour mémoire que les personnes privées sont soumises à certaines sanctions du droit international. Les cas les plus notoires sont liés au trafic de stupéfiants et des matières fissiles, au terrorisme international, aux crimes de guerre et aux crimes contre l'humanité. Sauf exception (Tribunaux internationaux de Nuremberg et de Tokyo pour la Deuxième Guerre Mondiale), les sanctions correspondantes sont prises par les Etats nationaux signataires des conventions. Si l'origine du droit pénal est ici d'ordre international, elle est en quelque sorte intériorisée par l'Etat national dans ses relations avec ses citoyens.

    L'interdit et la sanction ne suffisent pas à stopper certains comportements attirés par l'intérêt de l'enjeu ou par le défi. Pour en éviter la multiplication, la société réagit volontiers en introduisant des labyrinthes de complexité telles que la difficile procédure d'acquisition des armes à feu dans les nations civilisées ou les visas de sortie dans les pays de l'Est lorsqu'ils étaient communistes.

    2°) Comportements individuels rationnels mais d'effets collectivement dangereux :

    Tout conducteur peut légalement tourner sur la Place de l'Etoile; si tous les conducteurs de Paris et d'ailleurs veulent le faire en même temps, c'est le chaos.

    Tous les petits Américains veulent être au chaud en hiver et au frais en été : ce souhait légitime, s'il pouvait être partagé par tous les individus de la Planète la rendrait irrespirable.

    Raymond BOUDON explique certains mouvements collectifs comme la conséquence non souhaitée de l'agrégation de comportements individuels ("phénomènes d'émergence").

    3°) Obéissance ou résistance à des normes dangereuses:

    Les perturbateurs collectifs (généralement les états-nations ou les chefs révolutionnaires) seraient inefficaces sans l'appui du dernier exécutant final (au sens le plus sinistre).

    Le "sniper" serbe, le milicien HUTU qui découpe à la machette les crânes de bébés TUTSI sur recommandation de la Radio des Mille Collines, le SS qui actionne la chambre à gaz sont des exécutants sans quoi rien ne se ferait. Il leur reste pourtant, au moins théoriquement, la possibilité de ne pas obéir, de fuir, de se révolter...

    Le médecin qui injecte du sang mal contrôlé, le père hémophile ou la mère séropositive qui transmettent la vie avec ses tares physiques ont en principe la possibilité de s'abstenir de propager un tel risque. S'ils le font, c'est au mépris du principe de responsabilité.

    4°) De l'opinion à l'action pour de nouvelles normes:

     

    Les personnes privées subissent dans leurs opinions l'impact des mouvements d'idees transnationaux. Un double mouvement se fait jour :

    - la mondialisation des échanges d'information (radio, télévision, téléphone et télécopie) permet à chacun de se faire une opinion sur les évènements politiques, économiques et sociaux survenant dans son propre pays et de les situer dans un contexte international.

    Ceci s'ajoute à la montée progressive du niveau d'instruction et à l'usage éventuel des banques de données pour accroître les capacités d'analyse et d'adaptation des particuliers, leur autonomie face aux contextes internationaux et à leur interprétation par l'Etat.

    Cette autonomie peut être relayée et amplifiée par les organisations non-gouvernementales qui défendent des causes non-étatiques dans le domaine des libertés civiles et politiques (vie et intégrité physique, liberté de pensée et d'expression, participation aux affaires publiques) et, de plus en plus, des droits économiques, sociaux et culturels (développement, écologie, éducation, santé etc...)

    - en contrepartie, la concentration des techniques d'opinion aux mains de certains états, ou de certains groupes économiques ou politiques favorise l'uniformisation des valeurs de référence autour de quelques grandes idéologies : la démocratie de marché, l'Islam, le mondialisme...

    C- STRATEGIES DES PARTICULIERS

    "Dieu?il croit en moi!"

    1°) Les comportements de fuite et repli:

    Devant des risques politiques hors de sa portée d'action pratique, le particulier adopte le plus souvent des conduites d'évasion. Sur lui-même : égoïsme matériel du "cocooning", évasion par la drogue ou la folie, les activités à haut risque, le suicide. Evasion aussi par la culture, la musique, le jeu d'échecs qui ont pallié l'ennui des sociétés communistes.

    L'abandon de l'initiative individuelle par la fusion au sein de la famille , du clan, de la tribu, ou de l'ethnie, voire dans l'exaspération nationaliste (la fin de la république de Weimar et le retour de l'extrême-droite dans l'ancienne Allemagne de l'Est).

    Enfin la fuite à l'étranger est une réaction extrême : opposants et Juifs allemands sous Hitler, réfugiés politiques de toutes natures, personnes déplacées dans tous les continents.

    2°) Les comportements d'affirmation

    De rares individus exceptionnels frétillent dans le risque politique ("Vers l'Orient compliqué, je m'envolais avec une idée simple : une partie essentielle s'y jouait, il fallait en être" De Gaulle). Ces aventuriers de la politique voient dans le risque une opportunité de renforcement ou d'exercice des puissances personnelles (charme, richesse, force physique) ou sont habités par le sens d'une mission religieuse ou patriotique.

    Ils réagissent en acceptant ou recherchant le conflit, en alliance avec l'un ou l'autre des groupes de solidarité naturelle (solidarités du travail, de la famille, de la patrie).

    Confrontés au risque politique, les  "particuliers ordinaires" réagissent plus souvent en revendiquant l'engagement et l'assistance d'autrui. Ils s'appuient pour cela sur des ressorts moraux tels que la culpabilisation de l'ancien colonisateur, du riche, de l'Occident, de l'Etat, du grand capital. L'action nécessaire (revendication, protestation) est souvent relayée ou facilitée par des groupes spécialisés dans l'action médiatique (marketing humanitaire, manifestations de masse, attentats terroristes) .

    3°) Les comportements de coopération:

    La coopération par le contrat fixant l'accord des volontés est à la base de la solution "libérale" aux problèmes de société et pourquoi pas aux risques politiques. Elle suppose évidemment un certain équilibre des partenaires difficile à rencontrer dans le risque politique encouru par les individus. Elle suppose également des comportements continuement rationnels, ce qui est un autre postulat gratuit.

    La fixation de normes collectives et l'acceptation de leur mise en oeuvre est en principe à la portée de l'individu-citoyen qui peut agir positivement par son droit de vote et indirectement par le pouvoir de revendication mentionné plus haut.

    Il faut bien reconnaître que si les comportements de coopération sont théoriquement envisageables au niveau des micro-décisions individuelles, leur éventuelle efficacité en matière de risque politique passe par l'intermédiaire de grandes organisations et plus particulièrement de l'état national.

    4°) Le transfert des risques privés:

    a) l'assurance:

    Dans les sociétés modernes, les individus peuvent limiter une part essentielle des risques à travers l'assurance privée (par exemple, voyage à l'étranger) ou par les institutions de sécurité sociale.

    Cependant les particuliers répugnent à s'assurer contre des désastres à faible probabilité ou qu'ils estiment hors de portée pour eux et qu'ils confient donc à la puissance publique (risque d'accident nucléaire, d'épidémie, de faits de guerre etc...). C'est aussi le cas lorsque les impacts concernent surtout des populations lointaines ou des générations futures (raisonnement typique en matière d'écologie, de recours à la dette et à l'inflation...)

    Pour des raisons d'ordre démographique et économique, les pays en développement n'ont guère développé de systèmes d'assurances modernes, notamment en matière d'épargne retraite. La sécurité ne repose pas sur les revenus mais sur la possession de biens réels ( terre, cheptel...),ou sur la solidarité familiale et villageoise. Le développement de l'économie industrielle et marchande, l'urbanisation galopante inciteront à la création de systèmes d'assurances susceptibles de jouer un rôle croissant dans le financement de l'économie. Aux Etats-Unis par exemple, les Fonds de pension détiennent 40% des obligations et 24% des actions émises par les entreprises privées. Le groupe de la Banque Mondiale ne s'est pas encore vraiment attaqué au problème de l'assurance comme facteur de la croissance économique et du développement social.

    b) La protection par l'Etat national:

    Les états modernes se reconnaissent le devoir (et le droit) de protéger leurs citoyens contre la violence interne ou externe et si besoin, de les couvrir de leurs dommages.

    c) La protection internationale: 

    La protection internationale se construit lentement avec ou malgré les Etats qui veulent s'en réserver le monopole.

    Les conventions internationales ou régionales de protection des #droits>droits de l'homme apparaissent souvent comme de simples déclarations de principes difficiles à mettre en oeuvre sans l'appui de juristes très spécialisés.

    La protection des individus, surtout s'ils forment une communauté ou même une collectivité "intéressante" par le nombre ou la position stratégique, passe de plus en plus par l'humanitaire médiatisé : les organisations non-gouvernementales et les hommes politiques en quête de notoriété sont ici des partenaires inévitables.

    5°) Les stratégies diversifiées:

    On peut diminuer l'exposition aux risques et accroître la possibilité de les combattre ou de les couvrir, en participant de rôles divers au sein de collectivités ou communautés multiples;

    Tout en conservant une marge importante de liberté de se dégager, en tant qu'individu, et d'arbitrer cotisations et prestations en fonction des circonstances.

    Au fond, le particulier peut gérer le portefeuille de risques et d'opportunités de sa vie quotidienne comme le ferait un dirigeant de "Mutual Fund"américain. Mais cette possibilité n'est évidemment pas répartie équitablement.  

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